Hommes battus : Invisibilisés et ignorés



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Les hommes battus et la violence conjugale féminine


Le sujet de la violence conjugale féminine et des hommes battus est un sujet tabou, largement invisibilisé voir ignoré, quand il n’est pas carrément combattu et nié dans son existence même.

Le schéma, largement promu par les médias et les pouvoirs publics, est un schéma à sens unique de « l’homme agresseur et la femme victime« . Bien évidement et personne ne saurait sérieusement le contester, des hommes sont violents avec des femmes et cela conduit à des drames toujours trop nombreux. Mais ce schéma simpliste, pour partie faux puisqu’il ne prend pas en compte que des hommes sont également victimes de violences féminines, repose sur des stéréotypes sexistes au préjudice des deux sexes.  

Comme le rappelait dès 2006,  un rapport intitulé « Violence féminine: mythes et réalités » la possibilité d’un homme victime « n’est pas envisagée car elle contredit les stéréotypes: l’image de la femme violente ne correspond pas à celle de la féminité, l’image de l’homme victime ne correspond pas à celle de la virilité« .

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Campagne australienne One in Three

Un nombre conséquent d’études mettent en évidence que « Les femmes sont au moins aussi violentes ou plus violentes que les hommes » (hors-violences physiques les plus graves)


Le professeur MARTIN S. FIEBERT du département de psychologie de l'université de Long Beach en Californie, a tenu jusqu'en 2012, une bibliographie répertoriant pas moins de 286 études et publications académiques mettant en évidence que les femmes étaient au moins autant violentes ou plus violentes que les hommes sein des couples.

Le site DV research a rendu public le résultat de recherches menées pendant 2 ans par plus de 42 chercheurs et 70 assistants de recherches dans pas moins de 20 universités ayant compulsés plus de 1700  études académiques sur les violences conjugales. Il met en évidence notamment, que  "Le Taux de violence perpétrée par les femmes est plus élevé que celui des hommes (28,3% contre 21,6%). mais également que " Parmi les grands échantillons de population, 57,9% des violences signalées étaient bidirectionnelles, 42% unidirectionnelles ; 13,8% de la violence unidirectionnelle était de sexe masculin sur le sexe féminin, 28,3% de sexe féminin sur le sexe masculin".

Ces études sont confirmées d'années en années. Ainsi, par exemple, une étude de 2016 du Centre canadien de la statistique juridique, suivant une méthodologie d'enquête de victimisation dénombrant aussi bien les incidents qui ont été signalés à la police ainsi que ceux qui ne l’ont pas été a mis en évidence que les hommes  sont victimes de violences conjugales dans des proportions supérieures à celle des femmes (342 000 femmes et 418 000 hommes victimes - rapport p.3).

L'étude confirmant par ailleurs que les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’être victimes de formes graves de violence conjugale. Ainsi, les femmes étaient deux fois plus susceptibles que les hommes d’être agressées sexuellement, battues, étranglées ou menacées avec une arme à feu ou un couteau (34 % versus 16 %). Mais à l’inverse, les hommes étaient plus de 3,5 fois plus susceptibles que les femmes d’avoir reçu des coups de pied ou d’avoir été mordus, frappés ou frappés avec un objet (35 % par rapport à 10 %).

Deux études suédoises de 2012 ont mis en évidence lors d'enquêtes de victimisation que hommes et femmes estimaient dans des proportions équivalentes (dont l'une faisant ressortir plus d'hommes s'estimant victimes) avoir été exposés à une violence physique l'année précédente (1ere étude : 11 % des hommes contre  8 % des femmes - 2eme étude 7,6 % des hommes contre 8,1% des femmes). Le tempérament étant que les femmes déclaraient plus d'actes violences dans leur vie entière.

Les femmes sont nettement plus susceptibles d’être victimes des violences physiques les plus graves mais les hommes battus physiquement existent

Aussi, ce qui diffère essentiellement lorsqu’on aborde la question de la violence conjugale c’est que les femmes sont plus susceptibles d’être victimes des violences physiques les plus graves ou d’être victimes de violences à caractère sexuel. Hors violences sexuelles, les proportion varient selon les études entre 2/3 et 3/4 de femmes victimes.

Pour les violences physiques les plus graves, de façon évidente, la force physique intervient et explique que les femmes en soient très majoritairement les victimes sans que cela puisse être contesté.

Avec trois tempéraments importants qui n’enlèvent rien au fait qu’elles sont les principales victimes des violences physiques les plus graves. Le premier qui doit être tenu pour ayant des incidences probables et que toutes les études convergent pour démontrer que les hommes déclarent dans des proportions nettement moindre les violences (graves ou non) dont ils sont l’objet.  Ainsi, selon l’ONDRP quand 10 femmes sur 100 déposent plainte suite aux violences qu’elles ont subies, seuls 3 hommes sur 100 osent se tourner vers la justice ou la police. Dès lors, il convient de tenir compte de ce biais lorsque l’on analyse les statistiques de violences conjugales à partir des données police/gendarmerie/justice.

Le second tempérament concerne le différentiel entre le nombre de plaintes et le nombre de condamnations effectives ce qui soulève l’épineuse question des fausses accusations, que se soit à des fins d’instrumentalisation de la justice dans le cadre de divorce ou gardes d’enfants ou à des fins pour les femme de prétexter la légitime défense lorsque la violence a été bidirectionnelle (les deux conjoints ayant été violents).

Par nature ces fausses accusations sont difficiles à quantifier. Il n’est pas possible de les déterminer en comparant le nombre de plaintes et le nombre de condamnation pour violence. De fait, une relaxe du conjoint violent ne signifie pas nécessairement une absence de culpabilité de ce dernier mais peut aussi révéler une absence de preuve et donc que les magistrats ont accordé le bénéfice du doute. En tout état de cause, en aucune manière, il doit être considéré que les fausses accusations sont un phénomène massif. Pas plus qu’il ne faut tomber dans l’excès inverse consistant à  considérer que les fausses accusations  n’existent pas notamment lorsque les études démontrent une part importante de violences bi-directionnelle. N’oublions pas que pour les hommes qui sont victimes de fausses accusations, les effets sont généralement extrêmement destructeurs (perte du domicile, perte des enfants, etc.).

Enfin, si les violences physiques sont incontestablement des violences graves, il ne faut pas conclure que toute violence grave est nécessairement physique. Une violence psychologique peut être aussi destructrice voir plus destructrice qu’une violence physique (conduire à la dépression,  au suicide, à l’isolement social). Ce qui veut dire que ce n’est pas parce que les femmes sont majoritairement victimes des violences physiques les plus graves que les hommes ne sont pas victimes de violences graves dans d’autres proportions si l’on intègre les violences psychologiques graves. La difficulté étant qu’il est extrêmement difficile de caractériser, tant pour les femmes que pour les hommes, ces violences.

Expériences sociales mettant en évidence que la violence féminine est plus facilement "acceptée" "tolérée" voir considérée comme "drôle" alors que la violence masculine suscite des réactions immédiates d'hostilité :

 

L’invisibilisation des hommes battus et ses conséquences

Ce n’est que depuis quelques années (2007-2009) qu’en France les hommes victimes de violences conjugales sont pris en compte dans les enquêtes de victimisation.

Auparavant, ils n’étaient pas comptabilisés. C’est une amélioration certaine, mais les méthodologies suivies en France, à la différence de nombreux pays plus en avance sur ces questions, reposent essentiellement sur les plaintes déposées et sur les violences physiques les plus graves. Ces méthodologies sont imparfaites notamment lorsque l’on sait de façon assez certaine que les hommes victimes de violences déposent rarement plaintes et que les violences non graves précédent souvent les violences les plus graves. Ces dernières doivent donc être comptabilisées si on veux comprendre les phénomènes de dynamique de la violence conjugale.

Les hommes victimes de violence demeurent cependant invisibilisés. Tout d’abord médiatiquement. Parfois certes, la presse se fait l’écho de la violence « taboue, est mal représentée par les statistiques » qu’ils subissent ou encore, du fait que la France « fait figure de mauvais élève » dans la compréhension et l’appréhension du sujet de la violence conjugale féminine. Mais pour l’essentiel, le traitement médiatique demeure anecdotique et, les articles sur le sujet se comptent presque sur les doigts d’une main.

Ensuite, au plan des pouvoirs publics, la question des hommes battus est tout simplemet un non sujet. De ce fait, contrairement à d’autres pays  (Allemagne, Royaume-Unis, suède, canada, Etat-unis, belgique etc.), aucun numéro d’appel, aucune structure d’hébergement d’urgence, aucune campagne de sensibilisation, aucune formation des acteurs clefs à ce type de violence (police, justice, médecins- experts, enquêteur sociaux) existe.

Par ailleurs, sur les 222 millions consacrés à la politique d’égalité entre les hommes et les femmes, 0 euros sont consacrés à la question des hommes victimes de violence et plus généralement aux hommes.

Pour l’essentiel, ces hommes battus sont donc seuls. Une seule association privée (SOS hommes battus) a tenté  de relever le défi avant de jeter l’éponge quelques années plus tard faute de financements et donc de moyens.

Cette situation est mortifère et contreproductive. Mortifère car derrière la surmortalité par suicide des hommes (Plus de 7000 hommes qui se suicident chaque année dans l’indifférence générale soit environ 20/jours), on retrouve pour partie ceux subissant les violences conjugales. Elle est mortifère aussi car la violence subie par ces hommes peut conduire non seulement à ce qu’ils soient tués par leur compagne (21 morts par an soit 1 homme tous les 15 jours dans l’indifférence générale également) mais aussi à des drames familiaux où l’homme subissant des violences devient à son tour agresseur.

De fait,  la violence subie par ces hommes est susceptible de déboucher aussi sur une escalade de la violence (notamment physique)  dont les femmes sont alors plus susceptibles d’être les victimes.

Il semble ainsi que les pouvoirs publics demeurent donc ignorant de la réalité et de la dynamique de la violence conjugale. En se concentrant sur les violences physiques les plus graves concernant les femmes ils omettent le facteur essentiel que révèlent les études à savoir qu’elles ont souvent (mais pas toujours) été précédées de violences réciproques et dans certains cas d’une violence exclusivement féminine (physique ou morale). Il faut aussi traiter le problème sous cet angle.

Le positionnement gynocentrée des pouvoirs public est également contre-productif. En présentant une rhétorique et une communication autour de la thématique à sens unique « de l’homme coupable et la femme victime » ils rendent hermétique pour nombre d’hommes (victimes ou agresseurs) les campagnes de sensibilisation.  Il n’encouragent pas les hommes victimes à parler et les services de l’état à les écouter. Or parmi ces hommes, un certains nombre d’entre eux, si ils ne sont pas aidés, deviendront des auteurs de violences conjugales contre leur conjoint (souvent graves de plus).

Au delà, les pouvoirs public entretiennent des stéréotypes de genre au préjudice des deux sexes. Tout les acteurs s’accordent à dire que « l’empowerment » des femmes, passe également par la reconnaissance que les femmes ne sont pas nécessairement des êtres parfaitement vertueux.

De plus, en se concentrant sur les violences les plus graves subies par les femmes, tout en ignorant celles subies par les hommes, les pouvoirs publics encouragent le stéréotype  de « l’homme fort », « qui n’a pas besoin d’aide » ou dont la souffrance nécessite une moindre compassion voir pas de compassion du tout (idée de l’homme nécessairement agresseur) .

En d’autres termes, l’effort des politiques publiques en matières de violences conjugales devraient mieux intégrer les hommes victimes dans les campagnes de sensibilisation car cela aurait sans doute un effet sur toutes les violences conjugales.

Il ne faut donc pas mettre sous le tapis les études mettant en évidence la violence féminine mais au contraire chercher à comprendre quel enseignement il peut en être tiré.

L’incidence de l’attribution de la garde des enfants aux mères sur les hommes victimes de violences conjugales


On sait que les hommes victimes de violences de la part de leur femme sont souvent des pères (Enquêtes «Cadre de vie et sécurité» – INSEE-ONDRP de 2008 à 2012). On sait également que la garde des enfants est encore majoritairement accordée aux mères (83% des cas) et que lorsque les deux parents ne s’entendent pas sur le mode de garde, la justice favorise incontestablement les mères (Tableau 3 : Infostat Justice – 2015).  

Les pères victimes de violences de la part de leur femme sont donc souvent face à un dilemme terrible. Soit ils continuent à subir la violence, soit ils ne verront leur enfant qu’un week-end une fois tous les 15 jours.

Effet encore plus pervers de cette déconsidération des pères par la justice, que connaissent les femmes et c’est notamment la raison pour laquelle elles sont à 70% à l’origine des séparations contentieuses, les femmes pratiquent parfois un chantage au départ pour mieux soumettre le père. Même s’il n’est accompagné d’aucune violence physique ce type de chantage est une violence psychologique si il aboutit à du « contrôle social contraint » du père.

Livres sur les hommes battus