Leçon RED PILL 6 : Virilité et périmètres




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La matrice de la virilité, c’est le périmètre

La délimitation, puis la protection d’un périmètre a toujours été un des fondements du fonctionnement des groupes humains. Qu’il s’agisse d’un camp, d’un village, d’un pays, la fonction du périmètre demeure la même. Il s’agit de créer une zone sécurisée pour y développer des activités pérennes nécessaires à la survie et au développement d’un groupe. Les groupes, quelque soit leur taille, qui échouent à défendre leur périmètre prennent le risque de disparaître. C'est vrai pour les petits groupes, les peuples (ex : indiens d'Amériques)  mais aussi pour les empires (Empire Romain : voir  Les derniers jours, la fin de l’empire Romain d’Occident).

Les hommes étant d'un point de vue reproductif dans l'espèce humaine le sexe surnuméraire et la défense ou l'extension d'un périmètre une activité périlleuse par nature, cette tache incombe aux hommes en priorité.  De fait,  comme nous l'avons vu dans la leçon 4 aucun groupe humain ne peut se permettre d'exposer ses femmes à la mort sans prendre un risque en terme de renouvellement des générations. Pour mener à bien cette entreprise de sécurisation du périmètre les groupes humains ont alors encouragés les hommes à faire preuve de qualités tactiques (force, courage etc.) jugées nécessaires pour sécuriser les périmètres avec efficacité. Nous allons voir que c'est dans ce contexte que ce sont développées les vertus viriles et par extension la virilité.

Jack Donovan dans son livre « La voie virile » est l’auteur qui a probablement le mieux saisi le rapport entre la virilité et la notion de périmètre et donc l’importance de cette notion pour comprendre ce qu’est la virilité, comment elle s’est construite et surtout à quoi elle sert en mettant au coeur de sa réflexion la notion de confiance.

Il explique ainsi que dans des contextes difficiles pour les humains le scénario se joue peu ou prou toujours de la même façon : « Vous devez délimiter votre groupe, définir qui en est ou non, identifier les menaces potentielles et créer et maintenir une zone de sécurité autour du périmètre de votre groupe. (…) Aux époques troublées, le premier travail des hommes a toujours été d’établir et sécuriser le périmètre. Les gens à l’intérieur du périmètre deviennent nous et tout, connu comme inconnu, hors de périmètre devient eux. Le périmètre sépare les hommes de confiance de ceux à qui vous ne l’accordez pas (..) " Il poursuit  «Vos faiblesses, peurs ou incompétences pourraient entrainer la mort de n’importe lequel (des membres du groupe), voir menacer tout le groupe Si vous combattez pour rester en vie et que vous êtes entourés de menaces potentielles, que vous faut-il des hommes qui combattent avec vous ? Si pour manger il faut affronter le danger ensemble, qui voulez vous prendre avec vous ? Quand votre vie et celles des gens auxquels vous tenez dépendent de vous, vous avez besoin que ceux qui vous entourent soient aussi forts que possibles. (..) Vous avez besoin d’hommes aptes à faire le boulot.(..) Vous voudrez des hommes qui vous couvrent. » (J.DONOVAN, La voie virile, Editions Le retour aux sources, 2014, p. 25, 33, 34, 36, 40) . ».

En d’autres termes, à l’intérieur du périmètre, lorsqu’il est question de faire front vis à vis d’une difficulté extérieure, on doit savoir sur qui on peu compter et sur qui on ne peut pas. Il en va de même lorsqu’il s’agit de prendre possession d'un périmètre sur lequel d’autres sont établis. 

Les attributs de la virilité que sont classiquement la force, le courage, l’honneur, la compétence, permettent justement de parvenir à cette fin. Il s’agit de vertus dites tactiques ayant au cours de l’histoire fait leurs preuves et qui seront celles qui seront généralement recherchées en priorité par les groupes dans des situations hostiles, périlleuses ou tout simplement difficiles.  

Ainsi, celui qui face au danger recul ou qui manque de combativité (courage), celui qui trahit ou porte atteinte à la réputation du groupe (honneur), celui qui est trop faible pour se battre (force), celui qui ne sert à rien ou refuse de prendre sa part de travail (compétence), ne sera pas reconnu comme viril par les autres hommes et par les femmes du groupe et son statut social au sein de celui-ci en sera affecté.

Il sera moins respecté, on lui fera moins confiance, on lui confira moins de responsabilité voir il sera puni et/ou mis à la marge, discriminé ou exclu du périmètre.  Potentiellement cet homme fera aussi parti de ceux qui ne se reproduisent pas. N'oublions pas que les femmes se servent notamment de la virilité pour départager les hommes dans le domaine de la séduction et donc de la reproduction. Elles incitent les hommes à être virils car par extension elles sont directement concernées par l'aptitude des hommes à défendre et développer le périmètre.  Il en va de leur survie mais aussi de leur bien être . Comme nous l’avons vu dans les leçons 1 à 4 lors d’une cartographie des masculinités réalisée en 2018 pour 75 % des femmes, il est encore important qu'un homme soit viril et que pour elles, être viril c'est être avant tout courageux.  Le larousse définissant le courage ainsi : "Fermeté, force de caractère qui permet d'affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles ;  Ardeur mise à entreprendre une tâche ». 

En ce sens, la virilité  doit donc aussi être entendue comme un ensemble de qualités que les femmes attendent des hommes pour protéger leur périmètreAinsi, la virilité dit aux hommes comment se comporter et les qualités non seulement qu’ils attendent les uns des autres mais aussi les qualités que les femmes attendent d'eux. La virilité répond donc à la question : quelles qualités je souhaite trouver chez les hommes qui sont dans mon groupe pour défendre notre périmètre et quelles qualités mon groupe attend de moi dans ce même contexte ? 

Sous cet angle, il est important de souligner que la virilité peut alors être vue comme une question de confiance, de sécurité, de responsabilité, d'entre-aide dans la survie ou dans l'amélioration des conditions de vie. La virilité des hommes trouve sa source dans une pulsion de vie, une envie de survivre et dans un sens du sacrifice pour la survie des leurs (famille, compatriotes etc.). On est donc très loin du discours politiquement correct d'une virilité nécessairement toxique et mortifère tenu par les mouvements neo-féministes et visant à faire des hommes virils des brutes épaisses et sanguinaires. Il est vrai que la virilité peut très certainement conduire à la violence, mais il faut se garder de tout simplisme, tout particulièrement comme nous allons le voir si l'on n'a jamais été exposé à une situation de danger ou de survie.




"C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement." L'élégance du hérisson. Murielle BARBERY.



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Qu’en est-il de la virilité lorsque le périmètre est prospére et sécurisé ?


Si  l’analyse de la virilité par la notion de périmètre risque de vous sembler obsolète, c’est que nous vivons dans des sociétés occidentales où la défense voir la délimitation d’un périmètre n’est pas une question à l’ordre du jour pour beaucoup d’entre nous.

De fait, lorsque les temps sont prospères, que tout le monde malgré les inégalités à une vie décente, que la paix et l’ordre public règnent, alors la notion de périmètre perd de son importance à tous les niveaux.

Entre les nations, le commerce favorise  la « libre circulation des biens des personnes et des capitaux » et les échanges dit « culturels ». Les frontières des pays ont tendance, sinon à disparaître, du moins à s’aplanir. Le discours est celui d’un monde qui se liquéfie, se fluidifie, se globalise, s’horizontalise, c’est le fameux village global d’une économie monde. C'est le monde des gens de n'importe où sur une route qui mène quelque part, sans que l'on sache très bien où (voir  David Goodhart - The Road to Somewhere).

A l’intérieur des périmètres, la grande majorité des hommes et des femmes délèguent alors volontiers leur sécurité à des hommes qui en font profession (force de l’ordre, armée). Ils acceptent pour ce faire d'être désarmés et de n'user de la force que dans le cadre de la légitime défense elle même circonscrite au strict nécessaire. Les comportements de prédations (e.g délinquance), s’ils ne disparaissent jamais complètement dans les sociétés en paix, sont relativement bien régulés par l’état de droit (police-justice) et peu nombreux comparés à des situations plus chaotiques. Dans ce monde de paix et de prospérité, il n'y pas alors en soi de périmètre à défendre. Pour les plus anxieux, une serrure à 4 points et une alarme font l'affaire. Et pour le reste, il suffit d’être prudent et de ne pas jouer de malchance en étant au mauvais endroit au mauvais moment. 

Durant ces périodes, les valeurs féminines (ou présentées comme telles) sont généralement valorisées tandis que les valeurs viriles sont déconsidérées, critiquées, moquées (masculinité toxique, males tears etc.). Rien de particulièrement surprenant si l'on considère que la virilité est un ensemble de vertus tactiques valorisées en vue de défendre un périmètre. Si le périmètre n'est pas menacé, ces vertus passent très logiquement au second plan et apparaissent comme dépassées ou anachroniques. 

Ce monde sécurisé et prospère, c’est le monde que les occidentaux nés après la seconde guerre mondiale ont connu jusqu’à présent.

Partant de là, si vous faites parti de ces hommes, il se peut que vous ne perceviez pas la notion de périmètre avec acuité. Le seul territoire que vous percevez éventuellement avec acuité c’est le marché. Ce "périmètre de marché" détermine votre revenu d’existence, si vous allez conserver ce revenu (e.g chômage) et pouvoir nourrir et loger votre famille et donc être un bon pourvoyeur (ce qui est encore une qualité majeure attendu des hommes). Il détermine également votre statut social et donc la classe sociale à laquelle vous appartenez. La réussite remplace alors l'honneur. Pour vous la guerre c'est avant tout des  "guerres économiques", une "lutte de classe" selon votre bord idéologique. Les conquêtes : des parts de marché, des augmentations de salaires, ou des droits sociaux ou individuels.

Il est alors possible que vous ne ressentiez pas le besoin d’être viril au sens traditionnel. En soi, personne ne peut vous le reprocher. Vous avez a priori une bonne lecture du monde qui vous entoure et très probablement vous avez été éduqué à cette fin. D’ailleurs, si vous avez un métier prenant, des hobbies, une famille, vous avez peut-être mieux à faire que de vous aguerrir ou de soulever de la fonte dans la mesure où cela ne vous servira a priori à rien ou à si peu comparé à l’investissement nécessaire. Les compétences attendues de vous sont principalement, de bons diplômes et de l' expérience sur le marché du travail. Pour l’honneur, un casier judiciaire vierge et une parole politiquement correcte en société conforme à l'idéologie dominante  suffisent.

Il se peut d’ailleurs que personne ne vous demande d’être viril, voir qu'on vous encourage à ne pas l'être (e.g néo-féminisme). Et dans une société ayant éliminé la quasi-totalité des risques vitaux, à l'exception de la maladie et des accidents de la vie, il est probable aussi que vous n’ayez aucune opportunité de faire preuve de vertus viriles. Votre risque de perdre votre travail est bien plus grand que celui de vous faire agresser, ou d'avoir une opportunité de faire preuve de courage en vous à jetant à l'eau, pour sauver quelqu'un par exemple.

Aussi, si beaucoup d’hommes occidentaux aujourd’hui ne semblent pas adopter des comportements virils  ce n’est pas en raison d’un manque intrinsèque de virilité, car tout homme dispose de la faculté d’être viril. C’est souvent en raison d’un comportement rationnel visant à développer d’autres vertus plus valorisées et plus utiles dans un monde occidental en paix, où l’économie produit de la richesse et où l’ordre public est maintenu. 




"Quand il n'y a plus de foin au râtelier, les chevaux se battent" Proverbe français.



Quand le périmètre est menacé, qu’en est-il de la virilité ?


Durant les périodes difficiles, immédiatement la notion de périmètre reprend du sens. Il convient de protéger les ressources ou d’en trouver d’autres si vous êtes dans un périmètre où ces-dernières sont épuisées ou plus généralement insuffisantes. Au niveau des pays, le protectionnisme refait alors son apparition, les barrières douanières se dressent, les politiques d’immigration sont revues de manières plus strictes. Le monde est alors plus vertical, plus rigide. Les nationalismes parlent, l'état nation revient sur le devant de la scène et les discours sont plus belliqueux. Le mondialisme marque le pas. 

Au sein des périmètres, notamment lors de crises ayant une origine économique,  l’ordre public est plus difficile à maintenir car les inégalités augmentent.  La pauvreté fait que certains hommes tentent, soit de s’accaparer les ressources du voisin, soit de remettre en cause l’ordre établi car cet ordre ne leur est pas favorable. Les sociétés sont alors plus violentes, la délinquance et les incivilités augmentent. Les  états sont aussi moins permissifs, moins tolérants, plus répressifs. Il s’agit de conserver l’unité, de maintenir les hommes dans le rang, au besoin en réduisant les libertés individuelles. 

Les hommes et les femmes perçoivent alors la notion de périmètre avec plus d’acuité. Les individus, les peuples, marquent leur territoire. Ils sécurisent le périmètre et portent au pouvoir des hommes capables de le faire. Ils excluent ou mettent hors d'état de nuire ceux qui au sein de périmètre posent problèmes. Ils repoussent ceux qui menacent le périmètre et le cas échéant prennent le contrôle d'autres périmètres pour s'assurer un espace vital suffisant. Ce travail de sécurisation notamment s'il comporte un risque vital (nécessité d'une guerre, guerre civil etc.) est effectué par les hommes.  S'ils échouent, les hommes et les femmes du périmètre en perdent le contrôle,  disparaissent ou se soumettent aux nouveaux maîtres du périmètre.

Durant les périodes difficiles, les valeurs dites féminines sont alors en reflux tandis que les valeurs virils reviennent sur le devant de la scène. La crise du féminisme dans les années 30 et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale lui a valu d'être qualifiée "d'art de la fugue". Il n'en est rien. Les féministes n'ont pas fugué, il n'y avait juste plus personne prêt à les écouter. De fait, lorsque qu'un pays se prépare à un conflit mondial, qui va faire au final 60 millions de morts, tout le monde comprends très vite, les femmes y compris, que les priorités sont ailleurs.

Si les choses sont aussi difficiles à comprendre de nos jours pour certains, c'est que les européens de l’ouest nés à après la seconde guerre mondiale ont cette particularité d’être les premiers à vivre sur un continent européen qui n’a pas connu de guerre sur son territoire depuis plus d’un demi-siècle. La guerre en ex-Yougoslavie étant la seule exception notable.

Pour notre continent, c’est un exploit. Est-ce à dire que l'Europe sera éternellement prospère et en paix ? Il faut l'espérer et y travailler. Mais il faudrait une bonne dose d'angélisme ou d'optimisme pour le croire. Des nuages bien sombres amoncellent au dessus de nos têtes. Il est possible que d’ici la fin du siècle, une partie de notre planète soit inhabitable en raison du changement climatique. Qu’une grande partie des ressources comme les matières premières, l'eau, les terres arables deviennent sources de conflits. Dans le même temps, sauf cataclysme, nous serons toujours plus nombreux  (9,8 milliard en 2050). En d'autres termes, nous serons donc plus, sur un plus petit territoire et avec moins à nous partager ... Ajoutons un contexte géopolitique loin d'être apaisé, et le tableau ainsi dressé n'incite pas à l'optimisme béat.

 Il est alors probable que les périmètres soient redéfinis et au minimum que ceux établis deviennent instables.

Nul ne sait comment cette possible instabilité sera réglée, mais l'important à retenir dans cette leçon, c'est qu'il convient de ne jamais décontextualiser les analyses portant sur la virilité. Les qualités attendus des hommes dans les périodes difficiles, surtout lorsqu'elles impliquent un engagement physique et un péril, ne sont pas les mêmes que durant les périodes de paix et de prospérité. C'est ainsi. La virilité n'est nullement depuis ses origines un "modèle en crise"  comme le serine avec trop de simplisme la féministe Olivia GAZALÉ, (Le Mythe de la virilité -  Groupe Robert Laffont. Édition Kindle, Emplacements 23-24).  Il suffit de constater qu'il n'y a pas de crise de la virilité dans les pays pauvres, les pays en guerre, les pays où l'ordre public n'est pas maintenu. La virilité est un modèle dont l'utilité varie en fonction des circonstances et donc selon les périodes de l'histoire.

Aussi, raisonner sur la virilité, voir s'en moquer en temps de paix et d'abondance est une chose, probablement un passe-temps bourgois assez excitant. S'en passer durant les périodes difficiles en est une autre.

Leçon 6  : La virilité dit aux hommes comment se comporter et les qualités non seulement qu’ils attendent les uns des autres mais aussi que les femmes attendent d'eux. S’interroger sur sa virilité revient donc à se poser notamment les questions suivantes : Quel périmètre suis-je susceptible de défendre  ? Quelles qualités les hommes qui souhaitent défendre ce périmètre attendent de moi et quelles qualités j’attends d’eux ?.  Si je suis seul, de quelles qualités je dois disposer ? 



"La défense de notre périmètre était très primitive…toutes les issues étaient barricadées, avec juste des petites ouvertures pour les fusils, et toujours au minimum 5 membres de la famille a l'intérieur prêt a se battre, et une personne dans la rue, cachée.

(..) Il y avait beaucoup de bandes organisées, 10 / 15 personnes, parfois 50…mais il y avait aussi des gens comme toi et moi, des pères, des grands pères, des gens bien avant la merde, qui maintenant tuais et pillais. (..)Il n'y avait pas vraiment de bons et de méchants…la plupart étaient entre les deux; c'est a dire prêt à tout, au bon comme au moins bon."

 A Lire : Témoignage d'un rescapé de Sarajevo.