Homme en mouvement

Qui sont les hommes en mouvement ?

Défenseurs de la cause des péres, hoministes, masculinistes, MRA (men rights activists) ou encore plus récemment MGTOW (Men going their own way), RED PILL, les hommes en mouvement apparaissent sous différents termes, sigles et étiquettes.

Il n'y a pas chez eux, à l'instar du féminisme, un terme unique désignant celles et ceux qui s'intéressent à la condition masculine ou portent des revendications pour l'améliorer.

Cette situation provient du fait, que très tôt le terme "masculinisme", qui devrait être le pendant masculin du féminisme, a été connoté négativement par la frange radicale du féminisme en vue de discréditer tout discours porté par les hommes sur la condition masculine.

Aussi aujourd'hui, le terme masculiniste est principalement employé péjorativement par les groupes féministes radicaux. Il est assez peu utilisé par ceux  s’intéressant à la condition masculine. Il est possible que la situation évolue et qu'à terme les hommes se réapproprient le terme. N'oublions pas que le terme féministe était aussi à ses débuts connoté péjorativement.

En attendant nous utilisons l"expression "hommes en mouvement" (Männer in Bewegung en allemand - men's in movement en anglais) pour désigner  l'ensemble des groupes/hommes s'intéressant à la condition masculine et ce quelque soit le discours, l'étiquette ou les revendications qu'ils portent.

L’hétérogénéité des groupes s’intéressant à la condition masculine


La première chose dont il convient de prendre conscience c'est que les hommes en mouvement ne représentent pas un groupe homogène.

Tout comme le féminisme est pluriel, les hommes en mouvement représentent différentes sensibilités idéologiques et poursuivent des objectifs différents.

On y retrouve aussi bien des progressistes que des conservateurs, des constructivistes que des libéraux ... le spectre idéologique est en réalité très large. Certains s'intéressent à des problèmes spécifiques (droit des pères, suicide masculin, décrochage scolaire des garçons) d'autres mettent l'accent par exemple sur des enjeux civilisationnels.

Les revendications portées et les discours tenus sont donc très divers.

En tout état de cause c'est une erreur d'analyse, que de chercher à les enfermer dans une catégorie homogène "d'horribles masculinistes" souhaitant remettre en cause certains acquis du féminisme.

Cela n'est appuyé par aucune étude pouvant le confirmer. Ceux qui se sont intéressés aux hommes en mouvement, depuis le début des années 1970, ont tous mis en évidence la grande hétérogénéité des groupes s'intéressant à la condition masculine incluant systématiquement des pro-féministes et anti-sexistes.

Nous présenterons ici les efforts de catégorisation issus des travaux de Flood et de Ben Salah.

Les 5 catégories de Michael Flood

Parmi les auteurs de référence s'étant essayé à une typologie des hommes en mouvement on citera en premier lieu Michael Flood, qui dans son Encyclopédie internationale des hommes et masculinité (2007) a mis en évidence 5 catégories souvent reprises et cité dans la littérature à savoir :

-les mouvements de libération des hommes,

-les pro-féministes et anti-sexistes,

-les défenseurs des droits des hommes et des pères,

-les mythopoetiques,

- et les mouvements d'inspiration religieuse.

Des auteurs tels que Messner (1997), Clatterbaugh (1997) Welzer-Lang (2011) Ben Salah (2015) y ajoutent les mouvements gay prônant un droit pour les hommes à une liberté sexuelle. Plus récemment il est encore possible d'y ajouter le mouvement (MGTOW : Men Going their own way).

Les 3 perspectives de Ben Salah


Comme l'a souligné Ben Salah (2015) les analyses portant sur les hommes en mouvement sont souvent lacunaires et les analyses effectuées sont souvent réalisées "afin de dénoncer la présence d'hommes en mouvement [ce qui aboutit] à une réduction de la complexité, voire à une caricature des discours qu'ils produisent", les travaux manquent de "mise en contexte sociologique et historique" de rigueur méthodologique notamment dans la définition des catégories mobilisées  et enfin les conceptualisations proposées ne sont souvent pas "testées empiriquement".

Ben Salah, propose alors une approche  rigoureuse et originale visant à analyser les hommes en mouvement à partir de 3 perspectives que sont la perspective défensive, la perspective relationnelle et affective, et enfin la perspective profeministe :

  1. Dans la perspective défensive (majoritaire) : les hommes mettent en place un "contre-discours" visant à "atténuer voire à nier, les inégalités reconnues par les institutions officielles", ils opèrent un "renversement de l'argumentation développée par certains mouvements d'obédience féministe" et mettent en évidence "les injustices dont sont victimes les hommes". Ils considèrent que les hommes et les femmes "adoptent des comportements néfastes dans les mêmes proportions", que dans "l'opinion commune et les médias les comportements négatifs adoptés par les hommes sont exagérés" et qu'en revanche "ceux perpétrés par les femmes sont minimisés, voire passé sous silence". Ces hommes pointent l'état de souffrance des pères séparés de leurs enfants,  "les injonctions contradictoires ou paradoxales des femmes" et pronent un certains stoïcisme.
  2. Dans la perspective relationnelle et affective : les hommes reconnaissent l'existence d'inégalité hommes/femmes mais renversent la rhétorique oppression des féministes en mettant "d'avantage l'accent sur le constat des contraintes auxquels les hommes sont soumis [en raison de leur position priviligiée]". Ils mettent en avant "l'isolement affectif et physique au sein des rapports entre hommes", le "surinvestissement émotionnel des hommes dans la relation avec leur compagne en raison précisément de la pauvreté des relations entre hommes". Ils mettent l'accent sur le fait que "les hommes seraient conditionnés par un "modèle de socialisation et d'éducation dépassé", les conduisant à intérioriser des injonctions qui les pousseraient à adopter "des comportements préjudiciable voir nocifs pour eux comme pour leur entourage". Ils valorisent les rapports d'introspection pour reconnaître les vulnérabilités auxquels ils sont exposés.
  3. Dans la perspective proféministe (minoritaire): Les hommes reconnaissent que "leur position est globalement avantageuse" et "la reconnaissance d'inégalités en défaveur des hommes sur certaines questions (..) est absente". Ils reprennent le discours radical de la masculinité toxique porté par les féministes, perçoivent les hommes comme dominateurs et les "rapports entre hommes sont principalement décrits comme marqué par la rivalité et la méfiance". Ils nient la souffrance masculine et reprennent le discours des Males tears porté par les féministes radicales. Ils encouragent l'auto-critique masculine, l'adhésion à un projet de société egalitariste et luttent contre les formes de sexismes, de misogynie et de machisme.

La perspective dite défensive est aujourd'hui semble t-il la perspective dominante au sein des hommes en mouvement. Ce qui a changé par rapport à la perspective défensive des hommes qui était celle au début du féminisme (année 50-70), c'est que cette perspective n'a pas pour objet un "retour en arrière" vers une société traditionnelle (sauf chez les hommes en mouvements d'inspiration religieuse).

La perspective défensive vise désormais avant tout à mettre en évidence l'absence d'avancée dans l'amélioration de la condition masculine, les déséquilibres en défaveur des hommes qui se produisent et  à lutter contre l'idée selon laquelle la virilité serait toxique au profit d'une masculinité positive. L'amélioration des droits des pères et la reconnaissance des violences conjugales féminines demeure au centre de la perspective défensive mais la bataille est plus large et déborde très largement sur le terrain culturel. A quels valeurs voulons associer la virilité en ce début de XXI siècles. Qu'est-ce qu'être un homme pour les hommes de nos jours ?


Pour aller plus loin :

Texte : Armand Clince - Tous droits réservés.

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