Progressisme : Ce que dit le livre de Jean-claude Michéa : « Notre ennemi, le capital »

Considérant comme symptomatique de "l'ampleur de la faillite morale, politique, et intellectuelle de la gauche moderne" le fait que les intellectuels de gauche post-modernes" n'utilisent désormais le terme de travailleurs qu'en référence aux "travailleurs du sexe" (p.61-62) dans cet ouvrage Jean-Claude Michéa nous invite à "discerner  - dans l'agencement juridique concret sous lequel chaque nouvelle réforme sociétale est à présent imposée au peuple- les multiples points d'entrée de l'idéologie dominante (e.g libéral-capitaliste)" et donc "le mécanisme qui conduira inexorablement, dans les faits, à renforcer encore un peu plus l'invasion de nos vies quotidienne par la logique marchande" (p.127). En ligne de mire de Jean-Clause Michéa notamment : l'idéologie du genre, les techniques transhumanistes et autres biotechnologies (congélation des ovocytes, GPA etc.).



L'idéologie du genre est libérale et ouvre la voie au marché :


Pour Michéa, "le combat féministe - qui n'a évidemment pas grand chose à voir avec les délires ultra-libéraux de l'idéologie du genre" n'est pas un combat pour une minorité "dans la mesure où les femmes représentent tout simplement l'autre moitié du genre humain. De ce point de vu, le fait biologique de la différence sexuelle fonctionne donc avant tout comme une limite absolue à tous les fantasmes idéalistes de complétude (et par conséquent de toute puissance) en invalidant d'emblée toute prétention de l'un des deux sexes.(..) C'est précisément cette limite structurelle, et finitude radicale qu'elle implique, que les idéologies libérales de l'indifférenciation -  toujours ancrées, en dernière instance dans le mouvement d'uniformisation marchande du monde - s'efforcent désespérément d'abolir de nos jours".

Pour l'auteur des réformes tel que le mariage pour tous visait "beaucoup moins à lutter contre les préjugés homophobes (..) que de préparer en sous-main ce règne futuriste de Google et de la Silicone Valley" (p.135) et ainsi celui du transhumanisme, "ultime religion du capital" (p.110) et qui dans les faits pourrait n'être réservé à une minorité de l'élite (p.113).


Les réformes sociétales se font avec les gens d'en bas :


Pour Michéa, "le soutien populaire aux luttes dites sociétales (sexisme, racisme, homophobie etc. " réside d'abord dans notre aptitude philosophique à les liers dialectiquement (une fois leur noyau rationnel extrait de sa gangue libérale) au combat permanent de ceux d'en bas pour s'opposer à un système social dont ils doivent supporter quotidiennement  tout le poids" (p.129), Michéa écornant au passage des militantes néo-féministes comme Caroline de Haas "ancienne militante du parti socialiste et jusque-là beaucoup plus familière des arrières cuisines ministérielles et du féminisme libéral que du combat de ceux et celles qui doivent supporter quotidiennement tout le poids de la pyramide sociale" (p.300).

De fait on ne pourra que suivre Jean-Claude Michéa sur cette analyse. La congélation des ovocytes, la possibilité de faire un enfant seule (e.g PMA sans père autorisée pour les femmes célibataires), demain sans doute la GPA ,  sont peut-être de formidables opportunités pour les business-women dopées au "girl power", lesquelles pourront se payer à prix d'or le sperme d'étalons sélectionnés (grands, haut QI, génétique parfaite) par des banques de spermes privées. Mais, pour les femmes d'en bas, ces réformes sociétales risquent de se traduire uniquement par des heures payées 9 euros/h pour s'occuper des corvées ménagères et des enfants de nos carriéristes prétendument émancipées. Comment s'étonner alors que les femmes du peuples n'applaudissent pas à deux mains devant ces réformes sociétales auxquelles elles n'accéderont en réalité peut être pas et qui pourraient in fine créer des inégalités nouvelles terribles pour leurs enfants (enfants dopés aux gènes versus enfants naturels).

Et Michéa d'enfoncer le clou en rappelant qu'il existe "25 000 enfants jetables déjà revendus chaque années sur le marché américain dit de la réadaptions (c'est à dire quand l'acheteur initial a fini par se lasser de la marchandise commandée), une multiplication accélérée des grossesses dites de confort (lorsque par exemple une riche bourgeoise de Beverlly Hills decide de louer le ventre de sa femme de ménage mexicaine ou d'une chômeuse du bangladesh afin de s'épargner les inconvénients de la grossesse et de maintenir intacte sa silhouette de bimbo et bien sûr, le développement exponentiel de toutes ces technologies dites transhumanistes qu'inventent en continu les savants fous du capital (l'une des conséquences les plus baroques de ces nouvelles technologies - manipulations génétiques, procréation médicalement assistée, diagnostic préimplantatoire etc. ) (p.135).


Les réformes sociétales supposent un véritable débat démocratique et non une marche forcée corsetée par le politiquement correct:


Devant les réformes sociétales, imposées au pas de charge, pour Jean-Claude Michéa, il est urgent de comprendre que toute question sociétale nous place sur un "terrain moralement contesté" qui implique "un véritable débat démocratique et une véritable liberté d'expression" et qu'il est"tout à fait illusoire d'imaginer pouvoir résoudre un problème sociétal dans un sens anticapitaliste (donc humainement émancipateur) si l'on ne dispose pour cela que des seuls outils axiologique ment neutres du droit libéral et de son appel contradictoire à étendre indéfiniment le "droit d'avoir des droits" (..) Autant dire que ce n'est certainement pas l'intelligentsia de gauche ou d'extrême gauche, qui apparaît aujourd'hui la mieux placée philosophiquement pour mener un tel combat. Surtout quand on connait son aversion grandissante pour le débat démocratique et la liberté d'expression (c'est bien la gauche moderne qui, depuis plus de vingt-ans est à l'origine de presque toutes les lois répressives qui permettent de transformer une simple opinion - serait-elle abjecte ou moralement innaceptable -  en délit de droit commun).


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