Qu’est-ce-que la condition masculine ?

« La condition masculine » fait référence à la situation des hommes au sein de la société et à l’ensemble des caractéristiques particulières de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent en tant qu’hommes. 

Depuis le début des années 70, elle a été essentiellement étudiée par les womens studies et gender studies, elles-mêmes très largement dominées par le militantisme féministe . L’étude de la situation des hommes c’est donc faite dans un cadre idéologique très partisan visant à démonter une domination masculine et un patriarcat d’oppression.

Ce qui a eu pour conséquences que le travail a été fait avant tout en vue de mettre en évidence les « privilèges », « avantages » et « droits » des hommes en omettant scrupuleusement les inconvénients ou aspects délétères attachés à leur condition. Cela a certes permis de mettre en lumière certaines inégalités touchant les femmes et ainsi permis de révéler nombre d’aspects négatifs de la condition féminine, mais pour autant le travail d’analyse de la condition masculine a t-il été correctement réalisé ?

La condition masculine ne peut être réduite à l'étude des "avantages" attribués au masculin


La question mérite d'être posée, car s'intéresser uniquement aux "privilèges" des hommes c'est présenter une vision nécessairement déformée de leur situation si l'on omet de présenter également les désavantages et les formes d'aliénations auxquels ils sont également exposés.

Pour que cette approche soit recevable, il faudrait partir du principe que la situation des hommes ne comporte aucun aspect négatif lié à leur sexe.  Or cela ne peut pas être sérieusement soutenu autrement que par une pétition de principe. Il existe des problèmes touchant spécifiquement le sexe masculin (taux de suicide, espérance de vie, échec scolaire, garde d'enfant, taux d'incarcération etc.) Il est certes possible de discuter de l'ampleur, des causes et des conséquences des problèmes que rencontrent les hommes ( y compris de souligner qu'ils participent aussi parfois à leur propre malheur) mais les nier n'est pas plus admissible que nier les problèmes spécifiques des femmes.

Relevons d'ailleurs, que la même critique pourrait être faite, et inversement, s'agissant de l'étude de la condition féminine qui est essentiellement victimaire. Ne s'intéresser qu'aux inconvénients du fait d'être née de sexe féminin ne permet pas de situer correctement les femmes au sein de la société, sauf à considérer également qu'il ne peut y avoir que des inconvénients à être née femme et que les femmes sont toujours en position d'infériorité et de souffrance.

Etudier la condition masculine c'est donc en premier lieu l'étudier dans sa globalité et en dehors du dogme féministe de la domination masculine.


La condition masculine ne peut se réduire à l'étude de la réussite des meilleurs du groupe


Le deuxième problème qui peut être identifié dans l'étude de la condition masculine, c'est que lorsque les women studies ou les études de genres se sont intéressées à ce sujet, elles se sont trop souvent basées sur ce que les anglo-saxon nomment des Apex Fallacy. En d'autres termes, elles ont procédé à l'analyse de la condition masculine par l’évaluation des performances ou privilèges des hommes en fonction de la réussite des meilleurs d'entre eux  (dirigeants, élites).

Or, lorsque l'on s'intéresse de près à la condition masculine, un fait s'impose rapidement. Les hommes occupent, de manière générale et dans des proportions plus importantes que les femmes, les places aux extrémités de la hiérarchie sociale. Les plus enviables certes, c'est à dire celles qui donnent du pouvoir ou de la richesse, mais aussi les moins enviables (ouvriers avec pénibilité, prisonniers, sans-abris) c'est à dire celles ne donnant aucun pouvoir. En d'autres termes, les hommes sont sur-représentés en haut et bas de la pyramide sociale.

A partir de là un second constat s'impose alors rapidement. Il existe moins d'hommes au sommet se partageant les places privilégiées (hommes politiques, dirigeants d'entreprises etc.) que d'hommes à l'autre extrémité occupant celles considérées comme peu enviables (ouvriers avec des conditions de travail à forte pénibilité, SDF, prisonniers, internés etc.).

Aussi, si l'on accepte de sortir un instant d'une vision élitiste  de la société, il n'est pas possible d'étudier la condition masculine à partir de la situation de quelques hommes privilégiés en faisant abstraction de la situation des hommes au bas de l'échelle sociale et qui n'occupent aucune place privilégiée et ne dominent personne.

Bien entendu, la situation des hommes au sommet de la pyramide dit quelque chose de la société et de la condition féminine, notamment si les femmes y sont peu présentes ou visibles. Mais à l'inverse, le fait que les femmes soient moins nombreuses à se trouver dans des situations aux marge de la société (SDF, prisonniers) ou dans  des métiers à forte pénibilité (port de charge, exposition à des produits toxiques) ou dangereux  nous renseigne également sur notre société.

Ainsi, étudier la condition masculine ce n'est pas s'intéresser qu'aux hommes de pouvoir ou aux hommes riches, pas plus que s'intéresser à la condition féminine consisterait à ignorer les femmes de pouvoir ou riches, car bien évidement il en existe beaucoup.

Il est donc impératif non seulement d'étudier la condition masculine en dehors du prisme unique de la "domination masculine" proposé par le mouvement féministe mais aussi de s'intéresser à la situation de tous les hommes y compris ceux qui sont sans pouvoir pour mettre en évidence la place qu'ils occupent exactement dans la société et les invariants liés au genre masculin.

Le caractère sacrifiable de l’homme au centre de la condition masculine

Pour appréhender cette condition masculine, il est possible de partir de l’’expression « Les femmes et les enfants d’abord».

Cette expression est intéressante car elle permet de mettre en évidence de façon simple et immédiatement compréhensible que les hommes forment alors un troisième groupe dont la caractéristique est d’être sacrifiable en présence d’un péril.  Elle présente l’intérêt de renvoyer à un comportement universel et intemporel, car de fait il n’existe pas d’exemple de sociétés ayant, en présence d’un péril, sacrifié en priorité ses « femmes et enfants ».

Cette caractéristique a été conceptualisée sous le concept de « Male disposability » (homme-jetable) par Warren Farrel  dans son  ouvrage de référence publié en 1993 : « The Myth of Male Power: Why Men are the Disposable Sex ».

Ce caractère « sacrifiable » trouve très probablement son origine dans le fait qu’au plan reproductif, l’homme est potentiellement le sexe surnuméraire (Lire : Leçons RED PILL 1 à 4). Il peut donc être plus facilement sacrifié car sa valeur au plan reproductif est moindre.

Il ne s’agit pas de dire que l’homme n’est que jetable, qu’il n’est jamais, sous certains angles en position de domination sociale, mais de pointer que ce caractère est sans doute l’un des meilleurs marqueurs  lorsque l’on cherche à s’intéresser aux difficultés que rencontrent les hommes et donc à la condition masculine.

Il permet notamment de mieux appréhender le fait que le rôle de protecteur et de pourvoyeur qu’ont assumé les hommes au cours de l’histoire avait souvent comme corollaire l’exposition à la pénibilité et au risque. Rappelons simplement que les congés payés, la semaine de 5 jours, la limitation journalière du temps de travail, les conditions d’hygiène et de sécurité, les salaires minimaux, sont des acquis sociaux très récents, ce que nous avons tous tendance à oublier. Rappelons aussi, qu’avant la mécanisation, le travail était souvent physique difficile voir rude. Ce n’est d’ailleurs nullement un hasard si les femmes ont investi massivement le monde du travail salarié lorsqu’il s’est tertiarisé (et donc a été rendu moins pénible) et une fois que les grands combats syndicaux avaient rendu le travail moins aliénant.

Aussi, pour des générations d’hommes, ce que l’on nomme aujourd’hui, de façon décontextualisée, la domination masculine, ou encore le patriarcat  c’est concrétisé par une vie de labeur (souvent pour juste survivre), dans des conditions difficiles et pour ceux qui ont vécu les nombreuses  périodes de guerres : la mort ou les infirmités. 

Bien entendu ces traits de la condition masculine n’excluent en rien de l’existence d’une condition féminine dont certains aspects n’étaient pas plus enviables. Rappelons simplement que jusqu’aux récents progrès de la médecine, la mortalité maternelle était loin d’être négligeable (les femmes étaient donc exposées au risque), elles pourvoyaient également aux besoins de leur famille (notamment au travers du travail domestique) et bien entendu l’ensemble de leurs contributions protégeaient également leurs familles. 

Pour autant, et c’est un fait, elle n’étaient pas exposées dans leur rôle de protecteur et pourvoyeur de la même manière que les hommes au risque et à la pénibilité. Les noms sur les monuments aux morts l’attestent tout comme les données comparées sur l’espérance de vie.  Aujourd’hui encore, les taux de mortalité au travail  concernent de façon écrasante les hommes et lors des catastrophes de Techrnobil ou Fukushima se sont des hommes qui ont été envoyés à une mort certaine. 

Le concept de l’homme-jetable ou sacrifiable permet aussi de comprendre pourquoi les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’être exposés non seulement au risque et à la pénibilité mais aussi à des phénomènes d’exclusion les menant aux marges de la société (SDF, prison, internement, exclusion des domiciles familiaux).

Si à n’en pas douter la société ne tolérerait pas que la quasi-totalité des sans-abris soient des femmes, qu’elles se suicident en masse (20 hommes se suicident par jour), qu’on leur retire quasi-systématiquement la garde des enfants, qu’elles aient une espérance de vie de 6 ans inférieure aux hommes, ces faits lorsqu’ils concernent des hommes ne suscitent pas l’attention qu’ils méritent car notre société intègre profondément le fait que les hommes soient sacrifiables. C’est un fait culturel, particulièrement difficile à percevoir et à déconstruire car il est profondément ancré dans notre société. 

Le concept de l’homme jetable permet aussi de comprendre le gynocentrisme de beaucoup de politiques publiques qui privilégient en priorité la résolution des problèmes qui touchent les femmes en ignorant ou reléguant les problèmes touchant spécifiquement les hommes. Il permet de comprendre pourquoi par exemple les femmes sont les grandes bénéficiaires de l’état providence (assurance maladie, retraite, prestations sociales) et pourquoi les Secrétariats à l’Egalité hommes/femmes ne s’intéressent à l’égalité que si elle aboutit à améliorer la situation des femmes.

Etudier la condition masculine, revient donc à s’intéresser au conséquences qu’entraînent pour les hommes le fait d’être le sexe « sacrifiable » et à s’intéresser à tous les hommes et non pas uniquement à ceux qui réusssissent (Patrons du CAC 40, hommes politiques etc.)

C’est rechercher ce qui unis les SDF, les ouvriers qui meurent sur les chantiers, les prisonniers, les pères privés de leurs enfants, les hommes sacrifiant leur vie à leur carrière, les hommes qui se suicident, les garçons en échec scolaire, ceux qui ont des conduites à risque à l’ensemble des hommes.

C’est essayer de comprendre pourquoi de plus en plus d’hommes sont sans enfants, sans travail, sans diplômes et dans des processus de désocialisation avancés et essayer d’évaluer les impacts que cela aura sur la société.

Texte Armand Clince : Tous droits réservés
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